Making-of de l’enquête « Fracture numérique : « C’est comme être privé d’électricité il y a 50 ans »

L’enquête

http://www.datajournalismelab.fr/fracture-numerique/

L’idée de départ

Compte tenu de l’actualité du plan Haut Méga en Gironde et de son plan d’urgence initiés par le département et Gironde numérique, nous avons voulu travailler sur la fracture numérique en Gironde.

Notre objectif était de mettre en lumière les territoires isolés et délaissés en comparaison avec les communes ultra-connectées.

Notre hypothèse de départ était qu’il y avait très certainement un lien entre les écarts de richesses entre les communes et leur couverture internet. Autrement dit montrer que les communes les plus vulnérables à la précarité, au chômage, dont les services publics laissent à désirer souffrent en plus de l’isolement numérique. Une multiplication de handicap qui les empêchent de se développer, et fracture le territoire, légitimant l’expression « une Gironde à deux vitesses » évoquée par Gironde numérique.

Données de départ

Notre idée de départ était donc de mettre en avant des corrélations entre le raccordement internet d’une commune et son taux de chômage ou l’âge de sa population ou encore ses catégories socio-professionnelles (CSP).

Pour cela, nous avons recherché les données de l’Agence du numérique sur l’éligibilité internet par commune. Également, sur le portail de l’INSEE, des données sur le chômage en Gironde par commune, l’âge de la population, ses CSP, son attractivité (en fonction de l’augmentation du nombre d’habitant) son accessibilité en transport, le nombre de bureau de poste. L’objectif étant alors d’établir des corrélations mais également de noter les communes en fonction de leur degré de fracturation, afin de dégager les territoires véritablement isolés.

Nous nous sommes également appuyés sur le dossier de presse concernant la mise en oeuvre du Plan Haut Mega et du Plan d’urgence.

C’est sur ces données que nous avons pu mener à bien notre travail de notation des communes, en resserrant notre classement sur le débit internet toute technologie confondue (ADSL, fibre optique, fibre FTTH). Les données exprimées dans notre enquête représentent ainsi la part de population par commune éligible à un débit supérieur à 3Mbit/s (très bas débit), 8Mbit/s (débit moyen) et 30Mbit/s (haut et très haut débit). Loin d’être arbitraires, ces critères sont issus de la classification de l’Agence du Numérique.

Ces 3 catégories déterminées, nous nous sommes lancés dans la classification des 540 communes de Gironde sur une échelle de 0,00 à 10,00, la note la plus basse correspondant au débit minimal enregistré.

Terrain

Grâce à nos données de l’agence du numérique nous avons pu mettre en évidence les communes les moins bien raccordées à internet. Nous avons donc contacté les élus de plusieurs de ces communes : Ruch, Pujol-sur-Ciron, Chamadelle, afin d’avoir leurs témoignages et leurs vécus sur le sujet. Nous avons également pu joindre certains habitants de ces communes.

Nous nous sommes aussi entretenus avec Typhaine Cornacchiari et Laurent Gazal, les attachés de presse du Plan Haut Mega. Cela nous a permis d’obtenir un rendez vous téléphonique avec Régis Guillaume qui travaille à Gironde numérique et nous a expliqué tous les détails techniques de ce sujet un peu complexe.

Déroulement de l’enquête et choix éditoriaux

Comme cela arrive parfois en journalisme nos hypothèses de départ ne se sont pas vérifiées… En effet, nulle corrélation entre le taux de raccordement et le chômage, pas non plus avec les CSP, ni même avec l’âge de la population (même les communes du troisième âge ont internet!!). Bref, la catastrophe.

Deux options s’offraient alors à nous : continuer à essayer de faire parler nos chiffres envers et contre tout ou revoir notre angle. Nous avons opté pour la deuxième et c’est ce qui nous a mené à notre enquête de terrain.

S’il n’y a pas de conséquences économiques évidentes, la fracture numérique doit bien avoir des retombées sociales. C’est pour vérifier cela que nous avons contacté des élus mais aussi des habitants de communes très mal raccordées, afin de connaitre leur ressenti.
Nous avons ensuite choisi de nous intéresser aux conséquences du Plan Haut Mega et du plan d’urgence afin de voir ce qu’il allait changer : va-t-il reproduire et accentuer les inégalités en développant davantage les communes déjà très bien équipée ou au contraire permettre une homogénéisation au sein du département.

Vaste question à laquelle nous avons tenté de répondre. Peut-être faudra-t-il que les futurs étudiants de l’IJBA poursuivent ce travail dans 10 ans, date de fin du plan Haut Mega, afin d’en élucider le mystère.

Laure Giuily et Jeremie Vaudaux