Making-of de l’enquête « Gironde : les chiffres étranges de la délinquance »

L’enquête

http://www.datajournalismelab.fr/gironde-les-chiffres-etranges-de-la-delinquance/

Le projet d’origine :

L’idée au départ était de travailler sur les atteintes aux personnes en Gironde. Très vite, j’ai élargi mon étude à la délinquance en Gironde. Je trouvais intéressant d’enquêter sur des chiffres pour ensuite m’intéresser aux victimes ou personnes directement concernées par ces faits.

En me penchant sur les jeux de données de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP), je me suis dit qu’il serait finalement intéressant d’étudier l’évolution de la délinquance en Gironde, de 1996 à 2016. Cette période de 20 ans me semblait suffisante. Il restait à fouiller dans le jeu de données pour y dénicher un angle intéressant.

Le jeu de données :

Le jeu de données qui m’a intéressé était en open data, disponible sur le site datagouv.fr. 107 crimes et délits y sont répertoriés pour chaque département, mois par mois, de 1996 à 2016 ce qui fait beaucoup de données. Il a fallu pour une meilleure lisibilité, additionner les données pour établir un classement par années.

Plusieurs crimes et délits montrent des évolutions très surprenantes comme les cas de violences, maltraitances et abandons d’enfants et les infractions aux conditions générales de séjour des étrangers en Gironde. D’autres crimes et délit m’ont interpellé par leur originalité, comme le délit de fausse monnaie. J’aurais bien aimé enquêter sur les faussaires girondins. J’ai finalement fait le choix de creuser autour des deux faits précédemment cités car les chiffres rencontrés étaient à première vue très surprenants.

J’ai compilé les données mensuelles en données annuelles. J’ai ensuite calculé l’évolution des chiffres sur les 20 années pour chacun des crimes et délit. Enfin j’ai dressé le palmarès des 10 faits qui ont le plus augmenté et des 10 faits qui ont le plus diminué.  Il est apparu que les chiffres du gouvernement, sans être incorrects étaient dans certains cas assez contestables et parfois étonnants.

Les difficultés de l’enquête :

La difficulté a été de passer des données au terrain. Dès le début, mon souhait à travers l’exploration de ce sujet était de raconter une réalité derrière les chiffres. J’ai malheureusement eu du mal à trouver le lien entre les jeux de donnée sur lesquels j’ai pu travailler et l’histoire que je devais raconter. Il n’est pas évident de raccrocher une masse de chiffres et des statistiques à une actualité précise, une réalité concrète pour raconter une même histoire.

Si je me rendais auprès des personnes concernées par les délits et les crimes étudiés dans mes tableurs, ce n’était pas parce que d’emblée il leur arrivait quelque chose d’intéressant ou de significatif, mais parce que les statistiques indiquaient une étrange évolution globale à explorer. Cela a été un peu perturbant. J’ai finalement trouvé le moyen de raconter la situation des immigrés en Gironde et la façon dont les crimes et délits sont répertoriés par les forces de l’ordre et par les associations. J’aurais souhaité faire un focus aussi complet sur la maltraitance d’enfants, mais malgré mes nombreuses démarches, mes mails et appels, le Département de la Gironde n’a pas voulu s’exprimer ni me guider vers un professionnel qui accepterait de se prononcer. J’ai tenu tout de même à faire apparaître dans mon enquête ces chiffres qui m’ont marqué.

J’ai certainement trop tardé avant de prendre contact avec les acteurs de la lutte contre la violence sur les enfants. Cependant, il est anormal qu’en France les journalistes doivent attendre des semaines pour pouvoir s’adresser à un membre d’un personnel médical, ou un responsable départemental d’un domaine qui concerne la vie de tout citoyen et un sujet de société majeur. La liberté de la presse a encore des territoires à conquérir.

La visualisation des données

J’ai opté pour l’outil de visualisation infogr.am. C’est assez simple d’utilisation et les visuels sont efficaces.

Benjamin Aguillon