Making-of de l’enquête « Cantines : le bio grignote du terrain »

L’enquête

http://www.datajournalismelab.fr/cantines-le-bio-grignote-du-terrain/

Idée de départ

Nous souhaitions travailler sur le thème du recyclage pour analyser l’évolution des habitudes de tri des résidents de Bordeaux-Métropole. Pour cela, nous voulions d’abord voir si le taux de recyclage avait augmenté et le représenter sur une carte par secteur. Dans le cas où il aurait grandi, nous nous serions interrogées sur les conséquences néfastes ou non de cette augmentation : si l’on recycle plus, cela veut-il dire qu’il y a de plus en plus d’emballages plastiques polluants ?

Premiers éléments d’enquête

Pour obtenir les données concernant les collectes de déchets recyclés, nous avons cherché un interlocuteur au sein de Bordeaux Métropole. Très conciliant, un responsable de la collecte des déchets nous a envoyé les fichiers des de données de pesée d’Astria (entreprise délégataire de la collecte des déchets) comprenant l’heure des pesées des véhicules, leur poids net en déchets, le secteur auquel ils étaient rattachés… Le tout de 2008 à 2016. Un tableau permettait de comprendre quel sigle appartenait à quelle zone.

Après analyse des données récoltées à plusieurs reprises, certains éléments nous paraissaient obscurs. Malgré nos relances à la Métropole, le constat est sans appel : certains secteurs de collecte recensés dans nos fichiers restent une grande inconnue et même les déchetteries ne peuvent pas nous dire à quoi ils correspondent.

Le blocage de la collectivité

Nous tentons tout de même de faire nos calculs avec les secteurs que l’on peut identifier. Mais là encore, c’est un échec. Le tableau censé nous éclairer sur la liste des équipes par secteur est incomplet, certains chiffres n’apparaissent nulle part, tout paraît incohérent.

En faisant les sommes, nous nous rendons compte que pour l’année 2016, la commune de Le Taillan aurait à peine recyclé 7240 kilos de déchets alors que Bordeaux Sud comptabiliserait 2 867 740 kilos de déchets recyclés. Des chiffres qui paraissent exorbitants pour certains quartiers et insignifiants pour certaines communes.

En plus, les données que nous interprétons pour l’année ne correspondent pas du tout au rapport d’activité consultable en ligne. Malgré notre acharnement à refaire les calculs, force est de constater que les données qui nous paraissaient d’abord exhaustives sont soit incomplètes, soit erronées.

Pour tenter d’exploiter quand même ces tableurs, nous cherchons un autre angle. Par exemple, nous essayons de sélectionner un seul camion sur plusieurs années pour voir si son nombre de collectes augmente, mais rien n’y fait. Sans données fiables sur la pesée, les secteurs et le recyclage, nous ne pouvons pas avancer.

En dernier recours, nous contactons la Métropole où personne ne peut nous renseigner. Nous décidons d’abandonner le sujet, qui soulève une question de fond : qu’en est-il de la transparence du service public ? ces données servent-elles à nourrir les rapports d’activité sur la gestion des déchets qui sont annuellement soumis au vote des élus communautaires ? Quel est le niveau réel de maîtrise de ces données stratégiques par la Métropole ?

Changement de sujet in extremis

Il paraît être trop tard pour changer de sujet. Pourtant, nous voulons mener à bien notre projet de data journalisme. Nous avons alors l’idée de travailler sur le bio dans les cantines, une question qui fait partie intégrante de l’actualité.

Après quelques recherches internet, nous obtenons le contact de Didier Iapichino, le directeur technique du SIVU, organisme qui gère le repas de toutes les cantines de Bordeaux et de Mérignac. Il nous reçoit le jour même dans son bureau et nous fournit les chiffres nécessaires à notre analyse. Toutefois, il ne dispose pas de fichiers au format tableur.

Il nous affirme que Bordeaux est parmi les premières villes de France concernant le bio dans les cantines, avec plus de 30%. Nous décidons alors d’entamer une étude comparative de la présence du bio dans les cantines selon les grandes villes de France.

Nous cherchons alors des tableurs pour trouver les menus des cantines. Parfois il y en a, parfois ce sont des tableaux de menus au format PDF que nous convertissons. Nous traitons alors les données et parvenons à réaliser des pourcentages en partant du tableau de menus que nous a fourni le SIVU : 5 semaines de menus complets, du 15 mai au 18 juin 2017.

Après les premiers constats, nous faisons des recherches sur les politiques des communes concernant le bio dans la restauration scolaire. Nous recherchons également certains indicateurs pour les villes qui pourraient expliquer ou non ces chiffres : nombre d’habitants, couleur politique, tarifs de la restauration scolaire…

Visualisation finale

Pour représenter toutes nos données, nous avons décidé de faire deux cartes : l’une sur le pourcentage d’aliments bios dans les cantines dans les grandes villes de France, l’autre sur ce même pourcentage mais appliqué aux arrondissements de Paris pour lesquels les données sont consultables en ligne.

Dans un texte explicatif, nous introduisons les éléments d’interview de M. Iapichino en y ajoutant des données complémentaires concernant l’état de l’agriculture bio en région (grâce aux chiffres fournis par l’Agence Bio) mais aussi les problématiques présentes sur le territoire de la capitale (gestion des cantines éclatée entre 20 caisses scolaires aux politiques différentes).

 

Aurore Esclauze et Pauline Rouquette