Making-of de l’enquête « Présidentielles 2017, cette Nouvelle-Aquitaine qui bascule vers les extrêmes »

L’enquête

http://www.datajournalismelab.fr/presidentielles-2017-cette-aquitaine-qui-bascule-vers-les-extremes/

Idée de départ

Qui dit 2017, dit élection présidentielle. Pour ce projet de datajournalisme, nous avons travaillé sur cet événement majeur de la politique française. Nous avons alors décidé de réaliser une étude comparative sur le vote des Aquitains au premier tour entre 2012, année de la dernière présidentielle, et 2017. Il faut dire que le contexte s’y prêtait. Jamais une élection n’a été aussi incertaine, avec de nombreux rebondissements à la clé. Nous voulions savoir si le vote en Aquitaine, connue pour être une terre de gauche, pouvait changer en l’espace de cinq ans, et en connaître les raisons.

La récolte de la base de données

Des données oui, mais à quelle échelle ? Après réflexions et discussions, nous avons décidé de travailler à partir des circonscriptions en Nouvelle-Aquitaine. En effet, travailler à l’échelle des départements donnait des résultats peu precis pour l’analyse. À l’inverse, à l’échelle des communes, le volume de données à traiter devenait trop important et peu lisible graphiquement. La circonscription législative représentait donc un bon intermédiaire.

La récolte des données pouvait alors commencer. Elle s’est faite en deux temps. Nous nous sommes rendus sur le site data.gouv.fr où  nous avons trouvé les résultats de l’élection de 2012 par circonscriptions. Nous avons également récolté des données sociologiques de l’INSEE, un jeu de données de 2013 présentant la structure de chaque circonscription par âges et catégories socioprofessionnelles. Cette première étape nous a permis de dresser la carte électorale de la Nouvelle-Aquitaine il y a cinq ans, et d’en dégager les grandes tendances. Pour les résultats de 2017, il nous fallait bien évidemment attendre les résultats du 23 avril, date du premier tour. Le temps était forcément plus court, mais nous avions déjà intégré toute la méthodologie grâce au travail effectué sur l’année 2012.

Méthodologie

Pour analyser le vote par rapport aux données sociologiques, cela s’est déroulé en plusieurs étapes. D’abord sur 2012, nous avons réalisé un tableau récapitulatif avec les données sociologiques et les résultats, et convertis les valeurs absolues en valeurs relatives. Les jeux de données étant nationaux, nous les avons filtrés pour ne garder que les 50 circonscriptions de l’actuelle Nouvelle-Aquitaine. Pour identifier des circonscriptions clés, nous avons ensuite dressé la liste des 10 meilleurs scores de chaque candidat (top) et des 10 plus mauvais (flops), et nous avons croisé ces résultats avec les données sociologiques. Nous avons répété les mêmes opérations pour les résultats de 2017.

Nous avions dans un premier temps décidé de réaliser des courbes. Le but était de constater si il y avait ou non corrélation entre le vote et la catégorie socio-professionnelle. L’analyse des courbes s’est avérée fastidieuse. La lecture n’était pas simple. Pour remédier à cela, nous avons réalisé un tableau de corrélation sur la Nouvelle-Aquitaine, afin de faire ressortir l’acceptation ou le rejet d’un vote en fonction d’une variable sociologique. Nous avons ensuite réutilisé ces données dans des histogrammes réalisés à l’aide de Datawrapper.

Pour la réalisation des cartes, nous avons eu recours à Google Fusion Tables. La carte des cinquante circonscriptions d’Aquitaine était disponible sur data.gouv.fr. Toutefois, grâce à Frédéric Sallet, journaliste à Sud-Ouest et intervenant du Data Journalisme Lab, nous avons pu utiliser une version de cette carte déjà filtrée sur la Nouvelle-Aquitaine. Il a alors fallu décider de codes couleurs pour les candidats, les différentes catégories socio-professionnelles, et tranches d’âges. Le but ? Rendre tout cela graphique et lisible pour les lecteurs.

Sources

Les résultats que nous avons récoltés nous ont permis de dégager de grandes tendances. Mais aussi de constater certaines surprises. Pour commenter ce que nous avons trouvé, nous avons décidé de contacter différentes sources. Il nous fallait tout d’abord une parole experte. Pour cela, nous avons démarché des sociologues politiques et politologues. Olivier Costa, directeur de recherches au CNRS à Bordeaux (Centre Emile Durkheim), spécialiste de la sociologie des élus et du système politique français, a accepté de nous répondre. Nous avons utilisé le livre Le Pari du FN de Hervé Le Bras (ed. Autrement, 2015), pour expliquer le vote FN.

Nous avons également souhaité recueillir des témoignages de maire des villes ou villages où il y a eu une bascule significative.

  • Marilyne Gelée, maire de Pas de Jeu (Deux-Sèvres)
  • Jean-Pierre Dubernet, maire de Saint-Vivien (Gironde)
  • Madame Ribeiro, adjointe à Mareuil-Sur-Belle (Dordogne)
  • Un élu de la mairie de Lisle qui n’a pas souhaité communiquer son nom dans le cadre de l’enquête.

Mise en forme des données

Nous avons eu recours à différentes plateformes pour illustrer nos résultats.

  • Piktochart : nous voulions insérer une infographie dans notre travail pour présenter les chiffres clés de la Nouvelle-Aquitaine de manière ludique et dynamique. Ce site nous a également permis de réaliser les histogrammes de notre tableau de corrélation.
  • Google Maps : cette plateforme nous a permis de cartographier les résultats obtenus.

Obstacles rencontrés

Ce travail fut intéressant, constructif, nous avons beaucoup appris sur le vote en Nouvelle-Aquitaine. Mais ce fut aussi un travail compliqué. Les résultats récoltés, nous nous sommes demandé plus d’une fois comment nous allions pouvoir présenter notre travail. Nous pensions tout d’abord présenter des grandes tendances à savoir la percée du Front National et de la France Insoumise, avant de nous focaliser sur certains résultats surprenants, que nous n’attendions pas. Après discussions avec Suzanne Galy, nous avons décidé de présenter notre projet à travers le prisme sociologique. Car c’est effectivement cela qui nous intéresse : le vote des ouvriers aquitains a-t-il changé en 5 ans ? Et celui des 18-25 ans ? Nous avons néanmoins choisi une entrée par candidats plutôt que par donnée sociologique. Il nous semblait plus opportun de le présenter ainsi : cela permettait de comparer plusieurs variables sociologiques distinctes et de prendre en compte également d’autres facteurs explicatifs extérieurs du vote, tel que la culture locale.

Delphine-Marion Boulle, Alexandre Foucault, Nérissa Hémani et Audrey Morard